Zuweilen, zuzeiten, immer est une guirlande de drapeaux métalliques plantée dans un champ, quelque part entre Welkenraedt et Eupen. Visibles depuis le train, les 42 drapeaux représentent les personnes ayant perdu la vie dans les inondations qui ont ravagé plusieurs villes du sud-est de la Belgique pendant l’été 2021. Les drapeaux sont en berne, peints en blanc, signes universels de la solidarité et d’un hommage aux victimes. Une œuvre qui se lit comme un accompagnement dans le deuil qui afflige la nation, mais également comme un témoignage de respect à l’égard des survivants et de leur résilience face à ce traumatisme. Cette dualité est également contenue dans le titre en allemand de l’œuvre, extrait d’une description de Victor Hugo de la vallée de la Vesdre : « quelquefois un ravin, souvent un jardin, toujours un paradis ». La séquence rythmique des drapeaux reflète le cours sinueux de la rivière, enchevêtrée dans les voies ferrées, concurrençant physiquement le paysage naturel par de nombreux tunnels. Pour souligner ce lien, les mâts des drapeaux s’ancrent symboliquement dans une terre qui jouxte la source de cette rivière, près de la frontière allemande.
Utilisant les médias et les matériaux les plus divers, Sophie Nys (née en Belgique en 1974) pousse les stratégies artistiques conceptuelles et minimalistes jusqu’aux limites de la logique et de la forme, tout en privilégiant l’éloquence poétique des sujets du quotidien. La sobriété de son travail produit une atmosphère ambiguë, d’où le sens émerge lentement mais sûrement. Sophie Nys vit et travaille à Bruxelles.
Le parcours d’art Endless Express_ _vous emmène vers différentes destinations le long de la ligne de chemin de fer reliant Ostende à Eupen. Prenant la sculpture publique _Esprit ouvert _de Tapta comme point de départ symbolique, sept artistes ont été invitées à présenter de nouvelles œuvres aux alentours des gares et des voies ferrées. À travers la thématique du train, elles explorent les histoires inscrites au cœur de ces paysages et reliées à cette ligne. Avec de nouvelles
oeuvres de Che Go
Eun, Inas Halabi,
Flaka Haliti, Chloe
Malcotti, Sophie Nys,
Marina Pinsky
et Laure Prouvost.
La ligne Ostende-Eupen est la plus longue de Belgique, et traverse ses différentes régions linguistiques officielles en trois heures — de la station balnéaire royale à l’ouest à la vallée fluviale industrielle à l’est, avec la capitale Bruxelles au centre. Le train — introduit peu après la
fondation de la Belgique — évoque plus largement l’industrialisation, la promesse du progrès et la façon dont ces forces ont transformé ce pays.
Les artistes participant à cette exposition travaillent toutes en Belgique ou dans les pays voisins. Pour certaines, le train est une créature mythique qui réenchante le monde, d’autres en interrogent la pensée rectiligne et les rythmes de travail, d’autres encore détournent de manière ludique le temps standardisé et la société obnubilée par la vitesse que nous
connaissons aujourd’hui.
Curatrice : Caroline Dumalin